Introduction
Le chamanisme occupe une place centrale dans la spiritualité traditionnelle des peuples turcs. Bien avant l'arrivée des grandes religions, les chamans (kam ou baksi) servaient d'intermédiaires entre le monde des humains et celui des esprits, assurant l'équilibre cosmique et la santé de la communauté.
Le rôle du chaman
Le chaman turc, appelé kam, baksi ou bahshi selon les régions, est un spécialiste du sacré capable d'entrer en transe pour voyager entre les mondes. Ses fonctions principales comprennent la guérison des malades, la divination, l'accompagnement des âmes des défunts, et la communication avec les esprits pour le bénéfice de la communauté.
Contrairement au prêtre, le chaman n'officie pas selon un rituel codifié mais entre en contact direct avec le monde spirituel lors de ses transes extatiques.
La cosmologie chamanique
La vision du monde chamanique turc divise l'univers en trois niveaux : le monde céleste (domaine de Tengri et des esprits bienveillants), le monde terrestre (des humains), et le monde souterrain (domaine d'Erlik et des esprits des morts).
L'arbre de vie relie ces trois mondes, et le chaman utilise symboliquement cet axe cosmique lors de ses voyages spirituels, grimpant vers le ciel ou descendant aux enfers selon les besoins.
Les rituels et les outils
Le rituel chamanique implique généralement le battement du tambour sacré, des chants et des danses qui induisent la transe. Le chaman revêt un costume rituel orné de symboles cosmiques et de représentations d'esprits auxiliaires.
Le tambour est considéré comme le "cheval" du chaman, lui permettant de chevaucher vers les autres mondes. D'autres instruments incluent le kopuz (instrument à cordes) et divers objets sacrés transmis par initiation.
Survivance et héritage
Malgré l'islamisation de la plupart des peuples turcs, de nombreux éléments chamaniques ont survécu dans les pratiques populaires. Les rituels de guérison, les amulettes protectrices, et certaines fêtes traditionnelles conservent des traces de l'héritage chamanique.
Aujourd'hui, un renouveau d'intérêt pour le chamanisme turc se manifeste en Asie centrale, notamment au Kazakhstan et au Kirghizistan.


