Introduction
Tengri, le Dieu du Ciel Éternel, occupe la place suprême dans la spiritualité des peuples turciques et mongols. Son culte, le Tengrisme, représente l'une des plus anciennes formes de croyance en un dieu unique et transcendant, bien avant les grandes religions monothéistes.
La nature de Tengri
Contrairement aux divinités anthropomorphes des panthéons grec ou romain, Tengri n'a pas de forme humaine. Il est le ciel lui-même — éternel, infini et omniprésent. Le bleu profond du ciel des steppes (Kök Tengri, le "ciel bleu éternel") représente sa présence constante au-dessus des hommes.
Tengri est considéré comme le créateur de toutes choses et le maître du destin. Il observe les actions des mortels et dispense récompenses ou châtiments selon leur mérite. Les souverains turcs et mongols revendiquaient le "mandat céleste" (kut) — une légitimité divine accordée par Tengri à ceux qu'il jugeait dignes de gouverner.
Cosmologie tengriste
Dans la cosmologie turcique, l'univers est divisé en trois royaumes verticaux reliés par l'Arbre de Vie (Hayat Ağacı) :
Le monde céleste, domaine de Tengri et des esprits bienveillants, où résident également Umay (déesse de la fertilité) et Ülgen (dieu créateur). C'est un lieu de lumière et de pureté.
Le monde terrestre, habité par les humains, les animaux et les esprits de la nature. C'est le royaume de l'équilibre entre forces célestes et souterraines.
Le monde souterrain, gouverné par Erlik Khan, le seigneur des morts et des esprits maléfiques. C'est le royaume des ténèbres où descendent les âmes après la mort.
Le culte de Tengri
Les pratiques religieuses centrées sur Tengri étaient remarquablement simples et adaptées à la vie nomade. Les prières s'effectuaient en plein air, face au ciel bleu, sans temples ni édifices. Les lieux de culte étaient les sommets des montagnes, considérés comme plus proches de Tengri, et les sources sacrées.
Héritage et persistance
L'expansion de l'Islam à partir du VIIIe siècle et du Bouddhisme chez les Mongols a progressivement supplanté le Tengrisme officiel. Pourtant, de nombreux éléments tengristes ont survécu, intégrés aux pratiques populaires des peuples turciques.
Aujourd'hui, un mouvement néo-tengriste tente de faire revivre ces anciennes croyances, particulièrement au Kazakhstan, au Kirghizistan et en Mongolie.


